Hollywood et les gauches (1933-1957)
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Question de civilisation américaine (option B) au programme de l'agrégation externe et interne en 2026 et 2027.
Texte de cadrage
Le programme invite à examiner la place, le rôle et l’influence des idées et des individus de gauche au sein d’Hollywood, depuis l’établissement du New Deal en 1933 jusqu’en 1957, lorsque deux arrêts de la Cour suprême (Yates v. US et Watkins v. US) limitent les actions du HUAC (House Un-American Activities Committee) de façon radicale et que la « chasse aux sorcières » impulsée par le sénateur républicain Joseph McCarthy, qui meurt la même année, a perdu de son intensité.
Si Hollywood n’est pas la cible principale de la première peur rouge (First Red Scare, 1919-1920), cette période marque bien l’émergence d’un fort sentiment anticommuniste, après la Révolution bolchévique de 1917 et l’introduction ou l’expansion d’idées communistes et anarchistes aux États-Unis par le biais notamment de l’immigration d’Europe de l’Est et du Sud. S’amorce alors une phase d’actions gouvernementales anticommunistes, comme les Palmer Raids, arrestations arbitraires menées sous l’égide du ministre de la Justice, ou la création de Red Squads, groupes d’agents anticommunistes au sein des services de police. La mise en place d’actions gouvernementales concrètes se poursuit dans les années 1930 jusqu’à la création du HUAC en 1938. Sous couvert de l’appellation générique d’« activités antiaméricaines », cette commission cible d’abord les sympathisants fascistes, anarchistes et communistes, puis les syndicalistes et activistes jugés « radicaux ». Dans la première moitié des années 1940, période de cohésion patriotique, Hollywood soutient l’effort de guerre avec des films de propagande réalisés par les plus grands noms de la profession en partenariat avec l’Office of Strategic Services (OSS) et l’Office of War Information (OWI). Cette mobilisation tend alors à reléguer les préoccupations politiques et sociales au second plan, même si elles restent sous-jacentes. Par ailleurs, l’URSS étant temporairement devenue l’alliée des États-Unis, la « menace communiste », n’est alors plus une priorité ; elle ne disparaît cependant pas pour autant et ressurgit avec force dès la fin des hostilités et le début de la Guerre Froide. En témoigne, par exemple, le positionnement anticommuniste du syndicaliste Roy Brewer entre 1945 et 1953 au sein même de l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (créée en 1893). S’amorce alors une période connue sous le nom de Second Red Scare ou « seconde peur rouge » (1947-57) qui se caractérise par une « chasse aux sorcières » dans tout le pays sous l’impulsion du maccarthysme, du nom de son leader emblématique, Joseph McCarthy. Le HUAC organise des « auditions » (hearings), parodies de procès médiatisés visant à faire passer la moindre activité syndicaliste pour une action antiaméricaine, et ce notamment à Hollywood. Cette période d’extrême tension et de paranoïa généralisée, si bien retranscrite par les interventions du journaliste Edward Murrows dénonçant la folie du maccarthysme, a d’importantes répercussions sur l’industrie du film, devant et derrière la caméra ; techniciens, scénaristes, acteurs, réalisateurs, hommes ou femmes, associés de près ou de loin à des organisations prétendument communistes, sont traqués, dénoncés et leurs carrières détruites. Mais la période voit également le développement de multiples formes de résistance, qui transforment à la fois les pratiques politiques et la scène hollywoodienne.
Le premier volet du programme est centré sur l’étude de la nature, des formes et des évolutions des idéologies de gauche au sein de l’industrie hollywoodienne entre 1933 et 1957. Il convient dans un premier temps de bien ancrer le développement du syndicalisme à Hollywood dans la continuité du New Deal et des gauches étatsuniennes. Dans les années 1930 et 1940, sous l’impulsion de la politique du New Deal amorcée dès le début de la présidence Roosevelt en 1933, des idées progressistes, socialistes et même communistes s’installent progressivement à Hollywood. Le National Industrial Recovery Act (NIRA) encourage et facilite la syndicalisation des travailleurs américains de tous secteurs d’activité. Conjointement, un activisme politique de gauche se développe au sein de l’industrie cinématographique étatsunienne, qui voit alors en 1933 la création de deux puissants syndicats : la Screen Writers Guild (SWG) pour les scénaristes, et la Screen Actors Guild (SAG) pour les acteurs et actrices soucieux de défendre tant leur intégrité artistique que leurs conditions de travail. Durant la Grande Dépression, des films dits « à message » dénoncent les conditions sociales dégradées des Américains, de I Am a Fugitive From a Chain Gang (Mervyn LeRoy, 1932) à The Grapes of Wrath (John Ford, 1940) et Sullivan’s Travels (Preston Sturges, 1941), celles-ci n’épargnant pas l’industrie du cinéma. Des scénaristes mécontents de leurs conditions de travail, mais également des acteurs, actrices, et réalisateurs (métier devenu principalement masculin) victimes de pressions et discriminations, se joignent aux techniciens de la profession pour obtenir une protection sociale, plus de droits et de meilleurs contrats au sein d’une industrie très inégalitaire, structurée par l’intégration verticale jusqu’à l’arrêt United States v. Paramount (1948), mettant fin aux pratiques monopolistiques des grands studios (les majors). C’est une première victoire sur ce système pyramidal, vertical et hiérarchisé, tenu de main de maître par les patrons et producteurs des majors, les célèbres movie moguls qu’incarnent entre autres les frères Warner et Louis B. Mayer. Les détracteurs de cet élan progressiste s’empressent de l’assimiler à une menace communiste. Les processus de stigmatisation qui apparaissent dès 1933 s’amplifient, et le déploiement d’une rhétorique anticommuniste trouve son apogée lors de la Second Red Scare.
Le deuxième grand volet porte ainsi sur la mise en place, sous l’impulsion de McCarthy et de ses soutiens, de la « chasse aux sorcières » à l’encontre des réalisateurs, acteurs, scénaristes de gauche, hommes et femmes, confrontés à la menace d’être placés sur liste noire. On s’intéressera notamment au calvaire des Dix de Hollywood dont on peut lire le récit dans Hollywood on Trial. The Story of the 10 Who Were Indicted de Gordon Kahn (1948) et dans les archives nationales qui contiennent les comptes-rendus des auditions du HUAC, ainsi qu’au rôle des délateurs harcelés par le HUAC, à l’instar d’Elia Kazan. On s’interrogera également sur la poursuite spécifique des minorités, par exemple les membres noirs de l’industrie hollywoodienne, accusés de promouvoir le mouvement des droits civiques, comme l’acteur et chanteur Paul Robeson, convoqué en 1956. La deuxième peur rouge a également des répercussions sur la production cinématographique de l’époque, avec notamment la censure des films, autre tactique utilisée pour empêcher la propagation de messages perçus comme subversifs ou communistes, et diverses formes d’autocensure, encouragées par le Code de Production qui régit les studios. On notera toutefois les ambiguïtés de certaines positions, ainsi que les tensions entre stratégies politiques et intérêts économiques. Est ainsi importante l’arrivée, en 1946, d’Eric Johnston à la tête de la nouvellement nommée Motion Picture Association of America, puissant lobby de l’industrie du divertissement. Auditionné par le HUAC, Johnston joue un rôle central dans la défense d’Hollywood face aux accusations de communisme, tout en soutenant activement le bannissement de sympathisants communistes à Hollywood (Waldorf Statement, 1947). Par ailleurs, il s’efforce de préserver les intérêts économiques des studios, protégeant leur intégration verticale et négociant l’accès des films hollywoodiens aux marchés d’Europe de l’Est.
Le troisième et dernier volet concerne les pratiques de résistance. Comment, face à la censure et à la pression politique exercées sur les studios hollywoodiens, qui sont soucieux d’éviter toute accusation de sympathie communiste, de nombreux artistes et techniciens résistent aux mesures répressives instaurées pendant la « chasse aux sorcières » ? Cette résistance s’exprime de diverses manières : publiquement, par des prises de parole médiatiques, comme celles d’Humphrey Bogart et de Lauren Bacall ; par la création d’organisations de soutien, à l’instar de John Huston qui fonde le CFA (Committee for the First Amendment) en 1947 ; ou encore à travers des allusions faites plus ou moins explicitement dans les films eux-mêmes, tels High Noon (Zinneman 1952), Salt of the Earth (Biberman, 1954) ou Storm Center (Taradash, 1956). Les artistes utilisent la création artistique pour contourner la censure et défendre la liberté d’expression. Certains scénaristes et réalisateurs intègrent des messages subversifs ou critiques dans leurs films, malgré les restrictions imposées par les organismes de censure. Dans High Noon, le shérif incarné par Gary Cooper est ainsi abandonné par la communauté qu’il protège, symbolisant le climat de suspicion et de lâcheté qui règne dans les grands studios face au maccarthysme. Enfin, on étudiera les stratégies spécifiques des réalisateurs, scénaristes, acteurs noirs, hommes et femmes (bien que ces dernières soient sous-représentées), contre les accusations de communisme, ainsi que le rôle ambigu de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) dans cette résistance. Les pratiques de résistance contribuent à sensibiliser le public aux violations des droits civiques et à promouvoir le changement social et politique qui, à terme, participe à la chute de McCarthy et au déclin du HUAC contre lequel une opposition s’amplifie nettement. Certaines personnes mises à l’index sont alors à nouveau sollicitées pour travailler à Hollywood. Le 17 juin 1957, la Cour suprême restreint le pouvoir du HUAC en invalidant plusieurs de ses décisions lors du « lundi rouge » (Red Monday).
