Home Rule de 1870 à 1914 (La Question du)

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*[http://saesfrance.org/wp-content/uploads/2018/10/Intervention-Journ%C3%A9es-SAES-7-septembre-2018.pdf Précisions sur le sujet de Pauline Collombier-Lakeman] *[http://saesfrance.org/wp-content/uploads/2018/10/Intervention-Journ%C3%A9es-SAES-7-septembre-2018.pdf Précisions sur le sujet de Pauline Collombier-Lakeman]
*[https://webtv.univ-rouen.fr/channels/#2019-symposium-on-the-home-rule-issue-1870-1914 Interventions filmées lors de la journée d'étude "The Home Rule Issue, 1870-1914" à l'université de Rouen (janvier 2019)] *[https://webtv.univ-rouen.fr/channels/#2019-symposium-on-the-home-rule-issue-1870-1914 Interventions filmées lors de la journée d'étude "The Home Rule Issue, 1870-1914" à l'université de Rouen (janvier 2019)]
 +*[https://www.sofeir.fr/je-reconciling-british-and-irish-democratic-rights-union-empire-and-the-challenge-of-irish-home-rule-1870-1914/ Interventions filmées de la journée d'étude "Reconciling British and Irish Democratic Rights: Union, Empire and the Challenge of Irish Home Rule (1870-1914)" à Toulouse (janvier-février 2019)]
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Question de civilisation britannique au programme de l'agrégation externe et interne 2019.

Texte de cadrage

  • La question du Home Rule, longtemps perçue et considérée comme une question anglo-irlandaise, s’est vue redéfinie par de récents travaux historiques montrant qu’il s’agit d’une question plus large, à la fois britannique et impériale, et invitant à une nouvelle approche susceptible de nourrir la réflexion des candidats, quelle que soit l’aire anglophone qui concentre leur intérêt.
  • En effet, si les nationalistes irlandais cherchaient à accroître l’autonomie de l’Irlande, leurs revendications eurent des échos dans les autres régions celtes du Royaume-Uni et dans plusieurs territoires coloniaux. Le Home Rule suscita ainsi des débats vigoureux sur la constitution britannique, sur l’Union et sur l’unité de l’Empire, provoquant par la même occasion une reconfiguration des paysages politiques dans les Iles Britanniques. Il s’agit donc d’étudier la question du Home Rule dans un cadre large, en accordant une attention particulière aux liens entre les différents territoires, à la réception des revendications nationalistes irlandaises en Grande-Bretagne et dans les colonies, aux relations entre centre et périphéries, aux mouvements et partis qui défendirent la cause de l’autonomie législative, aux débats sur l’avenir du Royaume-Uni et de l’Empire, et aux clivages politiques sur ces questions.
  • Si le terme de Home Rule est apparu dans le vocabulaire politique en 1858, la question devint véritablement un sujet de débats politiques intenses à partir de 1870. En Irlande, le protestant Isaac Butt constitua une association destinée à promouvoir une solution dite « fédérale » à la question d’Irlande (Home Government Association). Les tenants et aboutissants du projet furent présentés par Butt lui-même dans un ouvrage intitulé Irish Federalism: Its Meaning, Its Objectives and Its Hopes(1870). C’était le début d’un long combat pour les nationalistes modérés irlandais, dont on peut dire qu’il s’acheva en septembre 1914, lorsque le troisième projet de loi britannique sur l’autonomie de l’Irlande ou Home Rule Bill se trouva à la fois voté définitivement par le Parlement britannique et temporairement mis de côté en raison de la décision du Royaume-Uni de prendre part à la Grande Guerre.
  • Bien que le cas de l’Irlande ait été un sujet particulièrement préoccupant entre 1870 et 1914, le thème proposé invite à traiter une question qui agita également le reste du Royaume-Uni pendant la même période. On peut rappeler qu’en mai 1886, une Scottish Home Rule Association vit le jour à la suite de la création d’un Scottish Office l’année précédente. Une organisation favorable à l’autonomie galloise baptisée Cymru Fydd fut aussi fondée à Londres en 1886, quatre ans après que l’instauration du Home Rule à l’échelle du Royaume-Uni eut été promue lors de l’Eisteddfod de Denbigh. En 1914, la Première Guerre mondiale mit en suspens non seulement l’application du Home Rule Act irlandais mais aussi les discussions engagées à partir de février sur des projets d’autonomie pour le pays de Galles et l’Écosse. À la même date, la Scottish Home Rule Association connut un déclin important.
  • La question du Home Rule doit donc se comprendre comme un débat sur l’Union qui concerna à la fois l’ensemble du Royaume-Uni et chacune de ses nations constitutives, y compris l’Angleterre. Étudier les liens et les contacts entre les différentes associations luttant pour l’autonomie politique dans chaque nation sera donc nécessaire. Il faudra prêter attention à leur développement et à leurs différences : elles n’eurent ni la même taille, ni la même influence ; surtout elles cultivèrent des aspirations politiques qui ne coïncidaient pas forcément entre elles et ne furent pas toujours solidaires les unes des autres. Les aspirations à davantage d’autonomie administrative et législative se retrouvèrent aussi parfois associées ou mises en concurrence avec d’autres revendications : celles qui concernaient la question des terres (Irlande, Écosse et pays de Galles)ou encore celles qui touchaient les questions religieuses ou les questions d’éducation (Irlande et pays de Galles).
  • Il convient également de replacer les débats britanniques sur l’avenir constitutionnel de l’Union dans le cadre géographique plus large de l’Empire. En effet, pour les opposants au Home Rule, une des objections majeures à l’autonomie de toute partie du Royaume-Uni, notamment celle de l’Irlande, était qu’un tel projet risquait de provoquer le démembrement de l’Empire. Or, à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, l’Empire britannique connut des évolutions importantes. Les colonies de peuplement européen (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) accédèrent à davantage d’autonomie politique. Au cours de la même période, d’autres territoires sous le contrôle du Royaume-Uni (Egypte, Inde, Afrique méridionale) connurent l’émergence de mouvements de contestation de la domination coloniale britannique et des guerres coloniales. Ces évolutions et événements inspirèrent les partisans du Home Rule, britanniques ou irlandais. Au cours des mêmes décennies, le combat mené par ceux qui, au Royaume-Uni et notamment en Irlande, aspiraient à davantage d’autonomie politique fut considéré comme une source d’inspiration dans le reste de l’Empire. Sans exiger des candidats qu’ils maîtrisent la question de l’émergence d’identités nationales au sein de l’Empire dans toute sa complexité, on pourra cependant attendre d’eux qu’ils soient en mesure d’appréhender la dimension transnationale du Home Rule.
  • Le terme de Home Rule recouvre une diversité de projets. Employé concurremment à d’autres formules (devolution, federal devolution, federal union, decentralisation, federal home rule, local self-government, national self-government ou home rule all round), l’expression Home Rule fit parfois office de simple slogan, de cri de ralliement ou d’invitation à négocier. Des projets beaucoup plus détaillés furent cependant rédigés ou présentés. Dans le cas de l’Irlande, Westminster eut à statuer sur trois projets de loi déposés en 1886, 1893 et 1912. Il conviendra d’accorder une attention toute particulière à ces sources, d’autant plus que le projet de Home Rulesupposait de résoudre un certain nombre de questions complexes : celle du partage des tâches et de la relation constitutionnelle entre Westminster et les parlements locaux ; celle du maintien de députés irlandais, écossais et gallois au Parlement de Westminster ; et celle de la participation des trois nations devenues autonomes au budget du Royaume-Uni et de l’Empire.
  • Dès 1871, Gladstone avertit que si l’Irlande devenait autonome, alors l’Écosse et le pays de Galles seraient tout autant en droit de réclamer davantage d’autonomie législative. Plusieurs figures politiques britanniques envisagèrent des mesures susceptibles de s’appliquer à chacune des nations composant le Royaume-Uni, Angleterre comprise (J. B. S. Haldane, Lord Loreburn et surtout Winston Churchill et David Lloyd George). Le débat provoqué par les trois projets de loi britanniques sur l’autonomie de l’Irlande encouragea les nationalistes modérés écossais et, dans une moindre mesure, ceux du pays de Galles, à faire entendre leur voix. Pas moins de treize projets proposant l’autonomie de l’Écosse furent ainsi déposés à Westminster entre 1890 et 1914. Dès 1891, un projet de loi suggérant la création d’une assemblée galloise (National Council) fut déposé à deux reprises puis abandonné. Les débats sur l’autonomie de l’Irlande en 1893, puis à partir de 1910, ravivèrent les débats concernant l’Écosse et le pays de Galles (en 1894 et 1895, en 1898-9, puis à nouveau entre 1912 et 1914).
  • Se familiariser avec quelques-uns de ces débats permettra aux candidats de percevoir les spécificités des projets d’autonomie gallois et écossais mais aussi ce qui put rapprocher nationalistes irlandais, écossais et gallois. Pour ces nationalistes, obtenir le Home Rule signifiait effectivement qu’un parlement serait établi ou rétabli en Irlande, en Écosse ou au pays de Galles, et que l’Union serait redéfinie mais pas forcément abolie. Certes, les discours des Home Rulers irlandais adoptèrent parfois un ton plus radical afin d’obtenir le soutien moral et financier de la diaspora, ou parce que leur mouvement se voyait concurrencé par d’autres organisations. Mais pour les nationalistes gallois et écossais, il ne fut jamais question de séparation, et avoir son propre parlement offrait surtout la garantie que les affaires écossaises ou galloises seraient gérées selon les intérêts de l’Écosse ou du pays de Galles.
  • La notion de Home Rule ne fut guère source de consensus et les mouvements favorables au Home Rule furent eux-mêmes parfois profondément divisés. Le groupe parlementaire irlandais (Irish Parliamentary Party) se scinda en deux camps à la suite de la chute politique de son fondateur Charles Stewart Parnell en 1890. En dépit d’une réconciliation en 1900, des clivages importants persistèrent et affaiblirent le parti. Au pays de Galles, le mouvement en faveur du Home Rule pâtit également des divisions socio-économiques entre le nord et le sud ; la crainte qu’une assemblée basée à Cardiff puisse privilégier les intérêts de l’une de ces régions empêcha l’unité des partisans de l’autonomie législative galloise et contribua à la disparition de Cymru Fydd.
  • En dépit de leurs divisions internes, les mouvements nationalistes modérés qui prônèrent le Home Rule exercèrent parfois une influence majeure sur la vie politique britannique. En Irlande, le groupe de députés indisciplinés menés par Isaac Butt céda la place, sous la houlette de Parnell, à un parti organisé et uni, soutenu par la diaspora, qui obtint une majorité des sièges irlandais dès le mois de décembre 1885. Cette première victoire, qui modifia le paysage politique irlandais, fut significative à l’échelle du Royaume-Uni : elle permit aux parlementaires nationalistes irlandais de déterminer la couleur du futur gouvernement britannique. Une alliance entre les nationalistes irlandais et une majorité du Parti libéral dirigé par Gladstone, désormais lui-même partisan du Home Rule, fut inaugurée mais la ligne de fracture entre les deux grands partis britanniques fut simultanément redessinée. Une minorité de libéraux opposés au Home Rule pour l’Irlande rallièrent les conservateurs, formant ainsi un camp unioniste britannique.
  • Ce bouleversement, qu’il conviendra d’examiner attentivement, eut des répercussions en Écosse et au pays de Galles, où les réformes électorales qui avaient vu le jour au cours du XIXe siècle avaient fait du Parti libéral le premier parti politique. À l’image de leurs collègues anglais, les libéraux écossais se divisèrent entre partisans du Home Rule, ralliés à Gladstone, et libéraux unionistes. Mais contrairement à ce qui se produisit en Irlande, les partisans écossais ou gallois du Home Rule ne formèrent pas de parti indépendant aux Communes ; les projets d’autonomie écossais ou gallois furent déposés par des députés libéraux de l’Écosse ou du pays de Galles. Et si les députés libéraux gallois fondèrent en 1888 un parti parlementaire libéral gallois (Welsh Parliamentary Liberal Party), la tentative de Lloyd George de former un parti gallois uni et totalement indépendant des instances du Parti libéral anglais échoua entre 1895 et 1896. Ces clivages et ces relations entre partis supposent que l’on accorde une attention toute particulière aux différents points de vue britanniques sur le Home Rule(libéraux de toutes origines, conservateurs et libéraux unionistes).
  • Dans les vingt dernières années du XIXe siècle, le paysage politique britannique évolua d’autant plus qu’émergea alors l’idée d’une représentation politique de la classe ouvrière. Sans en faire une question prioritaire, il ne faudra pas négliger les liens entre cette nouvelle force politique, encore minoritaire, et les mouvements en faveur du Home Rule.
  • La divergence entre Home Rulers et unionistes eut des caractéristiques spécifiques en Irlande. Le ralliement de l’Eglise catholique irlandaise au parti de Parnell dès 1884 et le soutien d’une majorité de libéraux au Home Rule pour l’Irlande poussèrent les partisans de l’Union à s’organiser. Ce nouveau clivage politique fut reflété lors des élections législatives. Les partis politiques britanniques cessèrent d’être représentés en Irlande, cédant la place à deux partis irlandais rivaux : un parti nationaliste (Irish Parliamentary Party) majoritaire, et un parti unioniste beaucoup plus réduit. L’activité des unionistes irlandais, dont les idées et grands discours devront être connus des candidats, culmina pendant les années où le Home Rule pour l’Irlande domina le débat politique : en 1886, 1893, 1905 et à partir de 1910, date à laquelle les unionistes d’Irlande et notamment d’Ulster se radicalisèrent. Ils contribuèrent, avec leurs rivaux nationalistes, à faire peser sur l’Irlande la menace d’une guerre civile. Tous les camps furent alors contraints d’envisager la solution d’une partition de l’Irlande.

Bibliographies


Liens utiles