Révolution américaine, 1763-1783 (La)
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Version du 27 mai 2025 à 08:00
Question de civilisation américaine (tronc commun) au programme de l'agrégation externe et interne en 2026 et 2027.
Texte de cadrage
Présentation générale du sujet
La Révolution américaine, dont l’année 2026 marquera le 250e anniversaire, débuta après la guerre de Sept Ans en 1763, lorsqu’apparurent les premiers signes du conflit impérial entre la Grande-Bretagne et ses treize colonies du continent nord-américain. Elle prit fin avec le Traité de Paris de 1783, après plus de huit années d’une guerre, non seulement civile et fratricide entre Britanniques et Américains (1775-1778), mais aussi impériale, européenne et atlantique, après l’entrée de la France dans le conflit (1778-1783). La Révolution américaine sera étudiée ici à la lumière des principaux enjeux de la recherche des quarante dernières années, qui a révélé la dimension globale de l’événement ainsi que les nombreuses résistances locales et régionales, des deux côtés de l’Atlantique, qui ont conduit à la rupture du lien impérial entre la Grande-Bretagne et ses treize colonies.
Depuis le bicentenaire de 1976, le cadre interprétatif s’est considérablement éloigné de l’histoire intellectuelle, politique et constitutionnelle classique qui cherchait les origines philosophiques de la Révolution dans un libéralisme lockéen (L. Hartz, puis J. Appleby) ou dans le républicanisme pocockien (J. G. A. Pocock, B. Baylin, puis G. S. Wood). Grâce au développement de l’histoire sociale et politique, la recherche a été élargie au-delà du corpus constitutionnel et des élites révolutionnaires. Elle a ainsi révélé la complexité des conflits et des intérêts locaux, régionaux et atlantiques, d’ordre territorial, commercial, politique et social, à l’origine de la Déclaration d’Indépendance de 1776 et de la guerre du même nom, qui a profondément transformé le continent nord-américain et l’espace atlantique de la fin du XVIIIe siècle (J. P. Greene ; E. Mancke). L’accent est mis désormais sur les causes et les conséquences humaines, sociales et économiques de cette rupture et de cette guerre, notamment les multiples formes et degrés d’engagement révolutionnaire des hommes et des femmes plongés par les circonstances dans le conflit (G. Nash ; W. Holton). L’allégeance, britannique et loyaliste (M. Jasanoff) ou révolutionnaire et patriote, est un enjeu majeur, en particulier pour les « figures oubliées » (E. Marienstras et B. Vincent) de la Révolution : les femmes, les hommes sans propriété, les hommes et les femmes réduits en esclavage, et les populations autochtones parties prenantes dans ces conflits impériaux, expansionnistes, pour la possession de leurs territoires de l’ouest (S. Zabin ; D. Egerton ; K. DuVal ; P. Spero ; C. Prior ; C. Calloway).
Quatre axes d'étude
Il s’agira premièrement de saisir les causes, la nature, le déroulement et l’étendue de la crise impériale britannique dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. On mesurera ainsi les conséquences territoriales et économiques de la Guerre de Sept Ans, qui tripla la taille de l’empire territorial britannique sur le continent nord-américain et souleva des enjeux considérables dans la gestion des frontières et des relations avec les autochtones et les autres empires européens en compétition dans les Amériques. La prise ou reprise en main de la gestion coloniale en métropole pour combler le coût du conflit avec la France engendra un enchaînement de crises commerciales, diplomatiques et politiques, qui s’ouvrirent avec le Sugar Act d’avril 1764 et provoquèrent la mobilisation des colons contre l’imposition métropolitaine, jusqu’au point de bascule de 1773-1774 qui fit naître le premier Congrès continental et conduisit au conflit armé déclenché à Lexington et à Concord, dans les environs de Boston, le 19 avril 1775. La Déclaration du 4 juillet 1776 modifia la nature de la guerre, désormais guerre pour l’indépendance et non plus seulement guerre civile, menée à bien grâce à l’élaboration en 1777 d’un premier arsenal constitutionnel interétatique (les Articles de Confédération), qui malgré ses limites, permit l’alliance franco-américaine de février 1778, puis l’intervention de l’Espagne aux côtés de la France en avril 1779. Le conflit devenu global par le jeu des empires en construction prit fin en plusieurs étapes : la victoire des Insurgents à Yorktown en octobre 1781, puis deux années d’âpres négociations entre les acteurs du conflit pour aboutir au Traité de Paris de septembre 1783, qui rompit définitivement le lien impérial, affectant durablement la géopolitique de l’espace atlantique.
Le second axe vise à interroger la Révolution américaine sous l’angle territorial et spatial qui a constitué l’un de ses principaux enjeux. L’année 1763 est aussi celle de la Proclamation royale qui fit suite au premier Traité de Paris et interdit l’expansion des territoires colonisés (settlements) au-delà des flancs est des Appalaches, mettant un frein considérable au développement colonial vers l’ouest qui avait débuté dès la fondation des colonies anglaises plus d’un siècle plus tôt. Le peuplement des fronts occidentaux des territoire britanniques n’était par ailleurs pas homogène et ne servait pas les mêmes intérêts économiques, financiers ou sociaux partout sur le continent. Cette hétérogénéité des espaces coloniaux doit être mise en tension avec les intérêts partagés mis en évidence par les similitudes entre les constitutions des États nouvellement indépendants et la collaboration de leurs délégués au sein des deux congrès continentaux (celui de septembre 1774 et celui qui débute en mai 1775) pour organiser la résistance au contrôle métropolitain et établir les prémices d’un État souverain, militairement et commercialement, à l’échelle continentale. L’analyse des enjeux de sécurité dans les espaces de frontière permet de prendre en compte la fragilité des forces américaines et de révéler l’agentivité et les intérêts des nations autochtones dans la guerre d’Indépendance, qui s’est déroulée autant sur les côtes et dans les ports du continent que dans les terres amérindiennes de l’intérieur. Les relations avec le Canada, resté sous le contrôle des Britanniques, doivent être intégrées à cette étude de la dimension hémisphérique de la Révolution, tout comme les liens avec la Louisiane et la Floride espagnoles qui élargissent la perspective d’une Révolution qu’il faut comprendre dans un périmètre géographique étendu (vast early America).
Le troisième axe traite des idées soulevées et diffusées pendant la période : l’indépendance coloniale elle- même, mais aussi les libertés collectives et individuelles mises en avant par les révolutionnaires pour encourager la résistance puis légitimer la révolution. Ces libertés s’ancraient à la fois dans la tradition constitutionnelle britannique à laquelle les colonies devaient leur légitimité et leur existence, et dans un héritage colonial de pratiques proto-démocratiques locales et régionales d’autogouvernement, largement partagées à l’échelle continentale (excepté au Québec), malgré des différences significatives qui sont aussi facteurs d’explication du conflit. En outre, l’engagement révolutionnaire n’allait pas de soi. Il doit être abordé sous l’angle des rapports entre les traditions et les identifications identitaires communes aux métropolitains et aux colons britanniques, et les particularités des régimes et des sociétés créoles, dans les marges de l’empire. Le rôle de la presse et de l’écrit (print culture) dans la circulation des idées et dans l’évolution du débat public sur le bien-fondé ou la réforme de la gestion impériale (qu’aucun colon n’envisage véritablement de supprimer avant l’hiver 1775-76) est au centre de la réflexion à mener sur la mobilisation révolutionnaire. Celle-ci s’étudiera par le biais des journaux, des magazines et des pamphlets publiés qui ont été récemment réévalués, ainsi que celui des archives des comités de correspondance, des comités de sécurité publique, des assemblées locales et des congrès continentaux. La spécificité de la culture politique des colons américains, différente de celle de la métropole, doit être prise en compte, ainsi que les modes de divergence et de convergence de la culture des élites et des populations plus modestes, dont Common Sense (1776), le bestseller de la Révolution américaine, est à maints égards emblématique.
Le dernier axe porte plus localement sur l’expérience des populations coloniales pendant la période, en particulier des personnes subalternes, dont les conditions de vie et de survie pendant le conflit ont été révélées par l’histoire sociale récente. Il s’agira de comprendre la participation et les revendications des femmes et des populations noires sous le joug du patriarcat colonial, mais aussi celle des populations autochtones, dont certaines se soulèvent dès 1763 (Pontiac Rebellion) puis sont prises entre neutralité et engagement d’un côté ou de l’autre lorsque la guerre débute. Ces populations se sont engagées à des degrés très divers dans la lutte révolutionnaire, ou bien ont changé d’allégeance au cours du conflit, ou encore, pour un grand nombre d’entre elles, ont préféré l’allégeance britannique et subi les conséquences souvent dramatiques de leur décision. Le loyalisme fut, de fait, un phénomène complexe, local, et protéiforme dont il faut mesurer l’étendue et l’impact sur l’empire britannique après l’Indépendance américaine. Enfin, l’étude des débats et des mesures abolitionnistes de la période doit permettre d’intégrer la chronologie des abolitionnismes britannique et américain à l’analyse de l’élan révolutionnaire et de mettre en évidence à la fois l’importance structurante de l’esclavage dans les négociations et le déroulement du conflit, et la portée et les limites de la dimension anti- esclavagiste de la Révolution américaine.
Ce sujet invite, par conséquent, à penser l’histoire de la Révolution américaine selon des échelles différentes (locale, régionale, hémisphérique et atlantique), en intégrant les enjeux commerciaux et territoriaux de l’expansionnisme européen en Amérique et en interrogeant l’engagement révolutionnaire dans le contexte proprement colonial de l’Indépendance américaine.
