Royaume-Uni et la construction européenne (1er janvier 1973 - 1er janvier 2021) (Le)
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Question de civilisation britannique (tronc commun) à l'agrégation externe et interne 2027 et 2028.
Texte de cadrage
Le sujet proposé porte sur les relations complexes entre les gouvernements, partis et électeurs britanniques et le projet d’intégration européenne, relations qui ont donné au Royaume-Uni la réputation de partenaire récalcitrant (« awkward partner ») durant les quarante-sept années de son appartenance à ce qui était d’abord la Communauté économique européenne (CEE), créée par le traité de Rome en 1957, puis l’Union européenne (UE) après la ratification du traité de Maastricht en 1993. La période choisie débute avec l’entrée effective du Royaume-Uni dans la CEE le 1er janvier 1973 et s’achève avec son retrait le 1er janvier 2021, en passant par le referendum du 23 juin 2016, par lequel les électeurs britanniques ont voté à une courte majorité pour sortir de l’Union européenne. Ce référendum, ainsi que les négociations complexes qui l’ont suivi jusqu’au retrait effectif, en janvier 2021, ont donné lieu à d’intenses débats sur l’identité britannique, sur les facteurs qui avaient conduit à ce résultat et sur ses conséquences politiques et économiques. Il ne s’agit pas ici d’aborder la question d’un simple point de vue téléologique, qui consisterait à expliquer l’inévitabilité du Brexit en analysant les ressorts des réticences fondamentales à l’égard du projet européen, mais d’intégrer également la dimension presque accidentelle de ce référendum et d’aborder l’influence et les résultats obtenus par les gouvernements britanniques dans la CEE/l’UE. Il sera attendu des candidats qu’ils maîtrisent la chronologie des événements pendant la période 1973- 2021 et qu’ils connaissent les principaux acteurs politiques concernés ainsi que les analyses proposées par les spécialistes de science politique.
Le sujet sera envisagé sous les quatre axes suivants :
A. Identité britannique entre Europe, États-Unis et Anglosphère
Le premier concerne la définition même de l’identité britannique en opposition, partielle au moins, au continent européen tout au long des XVIIIe et XIXe siècles. L’Europe était alors perçue comme une source d’instabilité et éventuellement de menace pour le Royaume-Uni. La priorité des gouvernements était donc d’y maintenir un équilibre des puissances (« balance of power ») pour éviter l’hégémonie d’un pays, la France jusqu’à la défaite napoléonienne, la Russie ensuite, l’Allemagne enfin à partir de la fin du XIXe siècle. Après 1945, Winston Churchill a redéfini la place du Royaume-Uni comme se situant à l’intersection de trois cercles (discours de Churchill, 9 octobre 1948) qui lui conféraient ainsi une position unique. Cette image est restée au fondement de la politique étrangère pendant toute la guerre froide et même au-delà, contribuant à entretenir le mythe d’un exceptionnalisme britannique. Le premier cercle en ordre d’importance à l’époque était l’Empire, qui devient progressivement Commonwealth, avec lequel les gouvernements successifs ont activement entretenu des liens politiques, commerciaux et culturels. L’idée d’une communauté de destin avec certains de ces pays (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande) alimentera plus tard le concept d’Anglosphère, incluant aussi les États-Unis. Le second cercle, la communauté transatlantique, était issu de la relation privilégiée avec les États- Unis établie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait d’abord de maintenir la présence américaine en Europe pour assurer la sécurité du vieux continent dans le contexte de la guerre froide, mais aussi plus généralement de préserver une influence britannique indirecte dans le monde pour limiter le déclin progressif de sa puissance. Dans ce contexte, le troisième cercle, l’Europe, était moins prioritaire, d’autant que Londres se considérait encore, dans l’immédiat après-guerre, comme une puissance quasi égale à l’URSS et aux États- Unis, alors que l’Europe continentale était à genoux. C’est pourquoi le Royaume-Uni participa volontiers à différentes initiatives de coopération (Conseil de l’Europe, OECE, OTAN) mais ne pouvait, jusqu’au début des années 1960, envisager de participer à un projet d’intégration européenne.
B. Les différentes facettes de l'euroscepticisme : politique, médias et opinion publique
Un second axe portera sur la notion d’euroscepticisme, telle que définie notamment par Taggart et Sczcerbiak et utilisée à propos du Royaume-Uni depuis le milieu des années 1980 même si, dans le cas britannique, celle-ci recouvre une réalité bien antérieure, qui remonte au débat sur l’adhésion à la CEE. Cette notion se décline en trois volets. On étudiera tout d’abord les débats politiques qui ont traversé les gouvernements et partis politiques pendant toute la période étudiée, avec notamment l’évolution des partis conservateur et travailliste et l’émergence d’acteurs politiques extérieurs aux partis traditionnels comme le Referendum Party, le UK Independence Party, puis le Brexit Party, qui ont développé une offre populiste anti- européenne dès les années 1990. Le second volet explorera le rôle des médias dans ce phénomène : une partie de la presse écrite a offert une caisse de résonance à l’euroscepticisme à partir de la fin des années 1980, amplifiée ensuite par l’apparition des réseaux sociaux dont le rôle a été central au moment du référendum de 2016. On s’interrogera enfin, dans un troisième volet, sur l’évolution de l’opinion publique, qui a toujours été moins enthousiaste sur la CEE/l’UE que dans les autres États membres, à l’exception d’une courte période au début des années 1990. Cette spécificité britannique rendait les promesses successives d’abord, puis, la tenue effective d’un référendum, pour le moins hasardeuses.
C. Un partenaire difficile dans la CEE/l'UE
Un troisième axe sera consacré aux positions défendues par le Royaume-Uni dans la CEE puis dans l’Union européenne entre 1973 et 2016 sur les principaux sujets : agriculture, budget, union monétaire, élargissement, politique étrangère et de défense, etc. Se dessine alors une continuité dans les priorités ou objectifs défendus par les gouvernements successifs sur toute la période, à savoir la défense de la souveraineté du Parlement de Westminster, le soutien à la coopération intergouvernementale, le refus du fédéralisme, la promotion du libre-échange et de l’élargissement. Ces éléments permettront aussi de nuancer l’image répandue du « partenaire difficile » souvent associée à Londres et de mettre en lumière l’influence effective sur les politiques publiques exercée à Bruxelles pendant plus de quarante ans.
D. Le référendum de 2016
Enfin, le dernier axe traitera du référendum sur le Brexit du 23 juin 2016 et des débats et négociations sur les modalités de sortie de l’Union européenne. On reviendra sur les facteurs structurels qui expliquent son résultat tout en s’interrogeant sur la dimension conjoncturelle, voire accidentelle, du choix que fit David Cameron en décidant de l’organiser. Il sera important d’examiner les stratégies de campagne des deux camps, le rôle des médias, et d’en évaluer l’impact. On étudiera également les différentes interprétations du résultat (51,9% pour Leave) et de la sociologie électorale, y compris dans leurs dimensions territoriales. On s’interrogera sur les spécificités du vote écossais, gallois et nord-irlandais. Parce que les modalités de sortie et le type de relations futures avec l’UE n’avaient pas été débattus pendant la campagne référendaire, les quatre années qui ont suivi le référendum ont donné lieu à une forte instabilité politique et à des conflits entre l’exécutif et le Parlement. Cette absence d’anticipation et de consensus a rendu les négociations sur le retrait de l’Union européenne, puis sur la relation future avec celle-ci, particulièrement difficiles, aboutissant finalement à la signature par Boris Johnson d’un simple accord de libre-échange, qui n’a en rien clos l’histoire tourmentée des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
