Voyages Du Capitaine James Cook, 1768-1779 (Les)

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Sommaire

Edition Recommmandée

James Cook, The Journals, ed. Philip Edwards [1999], Penguin Classics, 2003, 646 p.

Texte De Cadrage

Le capitaine James Cook compte parmi les grands explorateurs de l’histoire : ses trois expéditions, en 1768-1771, 1772-1775 et 1776-1779, permirent d’établir une cartographie presque définitive de l’océan Pacifique. Dans le monde anglophone, sa mémoire est liée en particulier à la découverte de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi qu’à l’étape essentielle que ses explorations ont marqué dans la construction de l’Empire britannique. Ses journaux de bord constituent une source importante pour étudier un moment décisif de l’histoire de l’empire britannique. Ils témoignent du regard porté par Cook sur les peuples du Pacifique, un regard influencé par les discours coloniaux et les objectifs économiques et scientifiques des différentes expéditions.

L’édition de Philip Edwards (Penguin, 1999) sera retenue pour étudier ces documents historiques. Il s’agit d’une version condensée de l’édition de référence établie par John Beaglehole (Cambridge University Press, 1955-1967), professeur d’histoire à l’Université de Wellington, sur la base des manuscrits originaux de Cook conservés à la National Library of Australia et à la British Library. Cette édition se distingue des comptes rendus antérieurs des voyages de Cook, souvent écrits par des tierces personnes à partir de deux sources : les livres de bord (logbooks) complétés par le capitaine et les officiers au fil des heures, et les journaux de bord (journals) tenus par plusieurs membres de l’équipage, parmi lesquels James Cook et Joseph Banks, qui s’appuyèrent sur les livres de bord pour rédiger leurs propres textes. Si les divers comptes rendus des voyages, publiés dès 1771, assurèrent la renommée de Cook, il fallut attendre l’édition de Beaglehole pour disposer d’une version intégrale fidèle aux notes du navigateur, et celle d’Edwards pour que le texte de Cook soit mis à la portée d’un public plus large.

On abordera ces journaux de bord selon plusieurs angles d’étude. On s’intéressera tout d’abord à la portée historique des trois voyages d’exploration de Cook, qui, en l’espace d’une décennie, mirent fin à la croyance largement répandue en Europe selon laquelle il existait des terres riches et fécondes dans l’hémisphère sud. La recherche d’une Terra Australis Incognita avait été à l’origine de nombreux voyages de découverte européens dès le XVIe siècle, comme ceux de l’Espagnol Alvaro de Mendana en 1567 et 1595, de Francis Drake en 1577, des Hollandais Le Maire et Schouten en 1615 et Tasman en 1642, de William Dampier entre 1683 et 1707, ou du Hollandais Jacob Roggeveen en 1721. En 1767, dans un ouvrage paru un an seulement avant le départ de Cook (An Account of the Discoveries made in the South Pacifick Ocean, Previous to 1764), l’hydrographe Alexander Dalrymple avait exprimé sa conviction qu’il existait des « terres étendues entre le Tropique et le 50e degré de latitude sud », exemple célèbre des hypothèses géographiques alors en vogue. Lors de son second voyage, Cook franchit le cercle polaire, où il se trouva bloqué par la banquise. Pendant son troisième voyage, il échoua dans sa recherche du passage du nord-ouest, mais ses relevés cartographiques de la côte ouest du Canada ouvrirent la voie au commerce des peaux pour les Britanniques. Les journaux de bord rendent ainsi compte des postulats géographiques que Cook chercha à vérifier, ses découvertes venant compléter et corriger les théories en vigueur.

Il conviendra également d’aborder les principaux aspects technologiques et scientifiques des expéditions de James Cook, et le retentissement qu’ils eurent dans l’histoire des idées et des mentalités. On s’intéressera aux technologies novatrices, comme celle de nouvelles horloges performantes, aux remèdes innovants contre le scorbut, ou encore aux procédés servant à produire de l’eau potable. On s’attachera aussi aux recommandations que fit Cook à l’Amirauté britannique, parmi lesquelles figure l’acquisition de navires à faible tirant d’eau, comme l’Endeavour, plus adaptés au cabotage dans les archipels du Pacifique et à la navigation dans les estuaires. La raison officielle du premier voyage était d’ordre scientifique : il s’agissait, sur la demande de la Royal Society, d’observer le transit de Vénus depuis Tahiti, afin de mieux calculer la distance de la Terre au Soleil. Cook emmena avec lui des astronomes, mais aussi des artistes, des naturalistes et des botanistes. Joseph Banks, qui participa au premier voyage, contribua en tant que botaniste aux avancées scientifiques de l’expédition, notamment par la collecte de spécimens. Il employa l’artiste Sydney Parkinson, dont les dessins et peintures furent publiés de façon posthume par Banks, promu Président de la Royal Society en 1778. Johann et Georg Forster, naturalistes reconnus, accompagnèrent Cook lors de son second voyage, tout comme le peintre William Hodges, tandis que John Weber, également artiste, participa au troisième. Tous avaient connaissance des instructions données par la Royal Society aux voyageurs : il s’agissait d’améliorer et de diffuser la connaissance de la géographie, de la faune et de la flore, du climat et des populations, et de contribuer ainsi au rayonnement de la Grande-Bretagne. La présence en Angleterre du Tahitien Omai, ramené par Cook de son second voyage, suscita un engouement dans les milieux populaires tout autant que parmi les intellectuels. Pièces de théâtre et portraits favorisèrent la diffusion de la notion du « bon sauvage » et une réflexion plus large sur la société, la morale et la loi naturelle, réflexion nourrie par des penseurs britanniques et français tels que Lord Monboddo (Origins and Progress of Language, 1773-1776), Lord Kames (Sketches on the History of Man, 1774), William Alexander (The History of Women, 1779), et Denis Diderot (Supplément au Voyage de Bougainville, 1796). [1]

Il sera nécessaire de situer les voyages de James Cook dans leur contexte géopolitique, c’est-à-dire dans le cadre du partage du monde entre les grandes puissances. La Grande-Bretagne, tout juste sortie victorieuse de la Guerre de Sept Ans, s’engagea aussitôt dans un nouvel effort d’expansion de son empire. Elle cherchait à prendre possession de nouveaux territoires afin de promouvoir son commerce et d’asseoir sa puissance maritime face aux ambitions des puissances rivales qu’étaient l’Espagne et la France. En effet, à cette même période, la France avait, juste après Samuel Wallis et avant James Cook, envoyé Louis-Antoine de Bougainville autour du monde (1766-1769) avec un même objectif d’expansion. En 1769, Jean-François de Surville arriva en même temps que Cook en Nouvelle-Zélande, suivi en 1771 par Marc-Joseph Marion-Dufresne. Quant à l’Espagne, elle annexa l’île de Pâques en 1771, en réaction aux initiatives britanniques. Les expéditions de Cook eurent pour résultat de contribuer à établir une présence britannique durable dans le Pacifique, notamment à la suite de la découverte des côtes orientales de l’Australie et de la cartographie précise qui fut faite de la Nouvelle-Zélande.

On étudiera ces voyages à l’aune des théories de l’époque des Lumières sur la prise de possession de territoires habités (discovery doctrines), en tenant compte de la variété des débats sur cette question. Le principe général était simple : un territoire pouvait être revendiqué au nom d’un souverain dès lors que les autochtones y consentaient. Mais son application fut plus complexe. On pourra se référer aux commentaires d’Emerich de Vattel, auteur d’un ouvrage fondateur du droit international (Le Droit des gens : Principes de la loi naturelle, appliqués à la conduite et aux affaires des Nations et des Souverains, 1758), et de William Blackstone, jurisconsulte anglais, pour mieux comprendre la pensée européenne relative à cette question à l’époque de Cook. Une population nomade, comme les Aborigènes d’Australie, pouvait ainsi être dépossédée de terres qu’elle n’exploitait pas, alors que le droit des Maoris néo-zélandais, aux pratiques horticoles sédentaires, à posséder leurs terres fut reconnu par le traité de Waitangi (1840).

Il conviendra enfin d’étudier la réception des écrits de James Cook, leur diffusion et leurs traductions, parfois même leur dévoiement, au XVIIIe siècle. On pourra en parallèle réfléchir au statut de l’explorateur. La publication de ses journaux de bord contribua de manière durable à sa renommée, notamment lors de l’expansion impériale britannique aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais depuis lors, des relectures post-coloniales de ses écrits ont suscité des débats. Le rattachement de l’Australie à la Couronne britannique fut contesté au XXe siècle, comme en atteste l’affaire Mabo : la Haute Cour de justice australienne reconnut aux Aborigènes un droit naturel à leur terre ancestrale en 1992, et ce droit fut traduit dans la loi par le Native Title Act (1993) qui rejeta la doctrine de terra nullius. La critique s’interroge également sur le comportement et l’état d’esprit de Cook lors de son ultime voyage, ce qui a, selon Glynn Williams (The Death of Captain Cook: A Hero Made and Unmade, Profile Books, 2008), contribué à remettre en question son statut de héros.

[1]Voir Bernard Smith, European Vision and the South Pacific, OUP, 1960  ; A. Twells, The Civilising Mission and the English Middle Class, 1792-1850. The ‘Heathen’ at Home and Overseas, Palgrave Macmillan, 2009.

Bibliographies

Liens utiles

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